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Discours sur le Rapport du CCRH sur le poisson de fond St. John’s (T.-N.-L.)
le 29 avril 2004 Bonjour, nous sommes en présence aujourd’hui d’un auditoire relié par téléphone. Bienvenue à tous. Je suis Jean-Guy d’Entremont, président du Conseil pour la conservation des ressources halieutiques. D’autres membres du CCRH m’accompagnent aujourd’hui. Ce sont :
De plus, M. Arthur Willett, directeur exécutif du secrétariat du CCRH est également parmi nous. Arthur coordonnera les entrevues additionnelles avec les membres du Conseil à la suite de notre présentation, s’il y a lieu. Nous sommes ici aujourd’hui pour rendre publiques nos recommandations au ministre des Pêches et des Océans, l’honorable Geoff Regan, au sujet des impératifs de conservation des stocks de poisson de fond du golfe du Saint-Laurent pour la saison de pêche de 2004-2005. Le 2 mars 2004, le Ministre Regan a demandé au Conseil pour la conservation des ressources halieutiques d’entreprendre un examen de toutes les espèces de poisson de fond du golfe du Saint-Laurent, y compris la morue. Dans sa demande, le Ministre a énuméré un certain nombre de points fondamentaux sur lesquelles il souhaitait que se penche le CCRH en faisant ses recommandations sur la morue du Golfe (pour ceux qui ne connaissent pas très bien la morue du Golfe, précisons qu’il y a deux stocks – celui de 4RS3Pn, qui constitue le stock du nord du Golfe, et celui de 4TVn qui est le stock du sud du Golfe). Les points soulevés étaient les suivants :
En plus des points ci-dessus concernant les stocks de morue du Golfe, le Conseil a examiné la situation du flétan de l’Atlantique, de la plie grise, du flétan noir et de la plie canadienne. Il n’a pas fait de recommandations sur les autres stocks de poisson de fond puisque leur état n’avait à peu près pas changé. J’aimerais profiter de l’occasion pour remercier les pêcheurs, les travailleurs d’usine, les scientifiques et les gestionnaires du MPO, ainsi que le public qui ont participé aux consultations qui se sont étalées sur une période de deux semaines, à différents endroits, dans toute la région du Golfe. Le Conseil en a tiré une excellente perspective des moyens concrets à prendre pour favoriser le rétablissement. De plus, nous y avons aussi écouté tous les intervenants s’exprimer librement sur l’état des divers stocks et les principaux enjeux. J’aimerais tout d’abord faire quelques réflexions au sujet de certaines des questions soulevées par le Ministre : Pour commencer, je demanderais à M. Gabe Gregory de commenter certaines des questions liées aux stocks de morue du Golfe. Par la suite, je résumerai nos recommandations. Gabe Gregory, Vice-président du CCRH Merci, M. le président. Changement notable s’est produit dans l’État des stocks : En ce qui concerne les changements survenus dans l’état des stocks de morue, le Conseil, après avoir étudié attentivement toute l’information disponible, croit que même si les stocks de morue du sud et du nord du Golfe montrent certains signes positifs de croissance, les changements, depuis l’année dernière, ne sont pas marquants. L’estimation de la biomasse génitrice de morue du nord du Golfe, fournie par les scientifiques, a très peu changé par rapport à celle de 2003. Par ailleurs, les pêcheurs considèrent ce stock comme étant en santé et en croissance, s’améliorant d’année en année. Pour le sud du Golfe, il n’y avait pas de données scientifiques nouvelles, un incendie s’étant déclaré à bord du navire de recherche Alfred Needler. La condition de la morue du sud du Golfe demeure bonne et la biomasse génitrice est faible, près du point de référence limite de conservation. Les pêcheurs, pour leur part, considèrent que le stock est en bien meilleur état, principalement d’après leurs observations des taux de prise dans le cadre de la pêche indicatrice et des prises accidentelles au cours d’autres pêches. Il est donc peu surprenant qu’il subsiste un désaccord important entre les pêcheurs et les scientifiques quant à l’état de ces stocks. Bien que le Conseil juge qu’il n’y a pas eu de changement concret depuis l’année dernière chez l’un ou l’autre de ces stocks de morue, il est porté à croire, tout comme les pêcheurs, que la taille du stock de morue du nord du Golfe est plus importante que ne l’indique l’évaluation des scientifiques. Ceci dit, le Conseil reconnaît pourtant que, même à un niveau supérieur de biomasse génitrice, le stock est relativement faible comparativement aux niveaux historiques. Selon le Conseil, la biomasse de la morue du sud du Golfe correspondrait davantage à l’évaluation scientifique de 2003. Le potentiel de croissance et de rÉtablissement des stocks Le Conseil croit que le potentiel de croissance et de rétablissement des stocks dépend largement du recrutement et d’un retour de la mortalité naturelle à des taux plus favorables de façon soutenue. La pêche à un niveau limité réduit marginalement le potentiel de croissance et de rétablissement, mais n’augmente pas substantiellement les risques pour les stocks. Le taux de mortalité naturelle des deux stocks de morue est du principalement, quoique non exclusivement, à la prédation par les phoques. L’incertitude au sujet des Évaluations scientifiques : Les évaluations scientifiques comportent de nombreux facteurs d’incertitude. Le relevé scientifique parvient mal à échantillonner la morue dans l’ensemble de son aire de répartition, des eaux profondes aux eaux peu profondes. La question du mélange du stock du nord du Golfe (3Pn4RS) et du stock adjacent du sud de Terre-Neuve (3Ps) est aussi un sujet d’incertitude. Le modèle scientifique utilisé pour estimer la taille du stock crée en soi des incertitudes. Le modèle de population employé pour les stocks de morue du Golfe donne une meilleure indication des tendances à long terme que des fluctuations à court terme. Le Conseil conclut que la principale incertitude pour la morue du nord du Golfe est l’estimation de la biomasse génitrice; ainsi la biomasse pourrait être plus abondante que ce qui est estimé selon le modèle scientifique. Pour le sud du Golfe, la plus grande incertitude semble être la tendance du recrutement. La possibilitÉ de combler l’Écart apparent entre les analyses scientifiques et les opinions de l’industrie de la pÊche : Le Conseil est d’avis que le meilleur moyen de combler l’écart entre les points de vue des scientifiques et des membres de l’industrie est de mettre en place un processus d’intendance partagée dans le cadre duquel les points de vue des intervenants seraient pris en compte plus équitablement qu’au cours du processus décisionnel. Les scientifiques et les pêcheurs ont des interprétations différentes de l’état des stocks de morue du golfe du Saint-Laurent et, en particulier, de celui du nord du Golfe. Les pêcheurs ont l’impression d’avoir été exclus du processus et n’en acceptent pas les résultats. Mentionnons que pour certaines pêches, il n’y a à peu près pas de différence entre les opinions des pêcheurs et celles des scientifiques. Bien que la coopération entre ces deux groupes au cours des dix dernières années ait été considérable en ce qui concerne les pêches en concurrence du poisson de fond, elle demeure un modèle qui ne semble pas donner de très bons résultats. Le défi consiste à définir d’autres modèles qui permettent de s’assurer que les points de vue des pêcheurs et leur interprétation de l’état des stocks sont respectés et ne sont pas laissés de côté au cours du processus décisionnel. La meilleure faCon de promouvoir l’intendance partagÉe et la responsabilisation : Au cours des consultations, certains pêcheurs ont proposé de modifier le système de gestion des pêches pour faire en sorte que le Ministre délègue la prise de décisions dans le cadre d’une approche d’intendance partagée. Récemment, le Ministre a rendu public un Cadre stratégique de gestion des pêches sur la côte atlantique du Canada. Le cadre favorise une démarche d’intendance partagée et le CCRH appuie cette démarche. L’intendance ou gérance partagée sous-entend responsabilité et responsabilisation. La responsabilité exige que le Ministre permette un processus décisionnel aussi inclusif que possible et aussi près des pêcheurs qu’il est concrètement possible de le faire. De plus, les parties doivent fixer des objectifs et veiller à mesurer les progrès réalisés. La responsabilisation signifie qu’il faut accepter les résultats de la prise de décisions, positifs ou négatifs. De l’avis du Conseil, l’évolution vers ce nouveau régime prendra des années et nécessitera beaucoup de bonne volonté, d’engagement et de travail d’équipe. Une dÉmarche de gestion axÉe sur le risque pour Équilibrer les compromis À court et à long terme : Théoriquement, une démarche axée sur le risque exige la reconnaissance et la détermination de tous les facteurs susceptibles d’être touchés par les décisions qui sont prises. En ce qui concerne les intervenants, il faut déterminer les principaux risques et évaluer leur probabilité et leurs répercussions. L’information scientifique, même à son meilleur, est teintée d’une incertitude considérable et, par conséquent, ne peut être la base unique de la prise de décisions. Le Conseil conclut que le risque d’autoriser une pêche limitée des stocks de morue du Golfe au cours des prochaines années est acceptable. Cependant, si les stocks ne montrent aucun signe de croissance et demeurent aux niveaux actuels ou se mettent à diminuer, même cette pêche limitée devra être restreinte ou éliminée. Le Conseil a étudié attentivement les possibilités de pêche en 2004 et conclut que rien ne justifie de recommander un total de prélèvements différent de celui qui figurait dans le rapport du CCRH de 2003 (3 000 tonnes pour la morue du sud du Golfe, 3 500 tonnes pour la morue du nord du Golfe). Obstacles au rÉtablissement : Trois principales composantes limitent présentement ce rétablissement de la morue : la mortalité naturelle, le recrutement et la mortalité par pêche. Depuis quelques années, la mortalité naturelle est relativement élevée. Les phoques contribuent largement à ce taux, une observation à laquelle souscrivent aussi bien les pêcheurs que les scientifiques. Différents facteurs peuvent influer sur le recrutement, notamment le milieu marin, la prédation par d’autres organismes et les activités humaines. Puisque les températures dans le Golfe se situent dans la zone froide de l’échelle favorable à la morue, il est possible que les années froides aient eu des effets négatifs sur le recrutement. La mortalité par pêche est un facteur sur lequel nous pouvons agir directement. Par le passé, la pêche a prélevé un nombre excessif de morues, chaque année. Ce taux d’exploitation était trop élevé, même pendant des périodes où les stocks étaient en bien meilleur état. Dans les conditions actuelles du Golfe, la mortalité par pêche devrait être aussi restreinte que possible pour assurer le rétablissement, mais suffisante pour permettre le maintien d’une pêche limitée. Si l’amélioration des conditions favorables à la morue est d’une importance cruciale pour son rétablissement, la coopération des pêcheurs l’est tout autant. Le maintien de la démarche de gestion actuelle, dont les pêcheurs se sentent tout à fait dissociés, pourrait aussi limiter le taux de rétablissement de la morue. La mise en place d’une intendance partagée, et le sentiment de responsabilité et de responsabilisation qui devrait en découler, aideront à garantir un meilleur respect des règlements de gestion et, par le fait même, une meilleure conservation. Jean Guy d’Entremont, Président du CCRH Comme on vient de le mentionner, le Conseil recommande une petite participation sous forme de pêche commerciale dont les prélèvements totaux, y compris ceux des pêcheurs repères et de la pêche indicatrice, seraient limités à 3 000 tonnes pour la morue du sud du Golfe et à 3 500 tonnes pour la morue du nord du Golfe, ce qui est conforme aux recommandations du CCRH de l’année dernière. Pour les autres stocks du Golfe, le Conseil a noté une amélioration chez un certain nombre d’espèces de poissons plats. Cependant, il recommande de maintenir le TAC aux niveaux actuels pour permettre aux stocks de se rétablir davantage. Ainsi, le Conseil recommande les totaux autorisés de capture suivants pour 2004-2005 :
En résumé, j’aimerais préciser de nouveau que l’objectif du Conseil demeure le rétablissement des stocks de poisson de fond. Après des consultations étendues dans la région du Golfe et des entretiens approfondis à l’interne sur les questions soulevées par le Ministre, le Conseil est d’avis que le meilleur moyen concret d’arriver au rétablissement des ressources de morue du golfe du Saint-Laurent à court et à moyen termes est de faire appel à une démarche d’intendance partagée dans le cadre de laquelle l’industrie de la pêche applique des pratiques de pêche responsables, respecte les taux de prises limités, est responsable de ses comportements et continue d’améliorer ses relations de travail avec le MPO. Les intervenants de l’industrie doivent ressentir un véritable sentiment de propriété des ressources. Par ailleurs, le MPO devra permettre la prise de décisions au niveau local lorsque cette solution semble pratique et s’assurer que la contribution des intervenants est prise en compte tout au long du processus. Le Ministre restera en position de superviser la situation et de s’assurer que les impératifs de conservation des ressources sont respectés. Dans son rapport, le Conseil réitère sa recommandation de l’année dernière au sujet des zones de fermeture pour protéger les frayères et les rassemblements pendant l’hiver. |